Mardi 9 août 2005
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Je ne résiste pas à vous faire partager la joie que j’ai eue, il y a peu de temps encore, en lisant le livre d’un de mes auteurs préférés, Didier Van Cauwelaert : « L’évangile de Jimmy ». Je vous en avais déjà un peu parlé. Un régal !
En voici un extrait qui m’a fait bien rire (et il n’est pas le seul):
Mik.
De deux choses l’une : ou c’est un recueil de légendes, et ça mérite mieux que le ce premier jet qui manque de charme, ou ils veulent nous persuader que c’est réel, et alors il faut un minimum de sérieux.
Le coup des pains multipliés, par exemple, Si ça a vraiment eu lieu, si à partir de sept croûtons Jésus a nourri cinq mille personnes, ça a quand même dû marquer les témoins et on a forcément fait une enquête pour savoir comment il s’y est pris. Au lieu de nous raconter ça, les quatre reporters disent que voilà, il a rompu les sept pains et ça a suffit pour tout le monde, et on a même ramassé les miettes pour en nourrir encore cinq cents. Moi, je dis qu’on se fiche de nous, ou alors on fait exprès de nous cacher les preuves, parce que la foi c’est de croire sans raisons. Encore un truc qui revient beaucoup cela. Heureux celui qui croit sans avoir vu : le Royaume des cieux lui appartient. A lui la moutarde, le filet de pêche, la pâte à pain et le marchand de perles.
Bon, il y a quelques scènes qui m’ont bien plu, comme lorsque Jésus marche sur l’eau et que son copain Pierre voudrait faire pareil : Jésus lui dit que si il veut il peut, et en effet l’apôtre commence à gambader sur la mer, mais soudain les vagues deviennent plus fortes, alors Pierre a la trouille et du coup ça le fait couler. Et puis quand Jésus déclare à ses disciples : « Vous êtes le sel de la Terre, mais si le sel perd sa saveur, avec quoi va-t-on le saler ? » Autrement dit : on doit éviter la peur qui vous perdre nos moyens, et garder notre bonne humeur pour remonter le moral autour de nous, car ce ne sont pas les pisse-froid qui nous rendront le sourire. Des choses que j’aurais pu dire moi aussi, mais de là à conclure que c’est la voix du sang…
J’ai bien aimé la femme adultère, aussi, et le fils prodigue : bénis soit ceux qui prennent leur pied en donnant du plaisir, au diable les jaloux bien pensants et malheur au cocus. Mais ce que j’ai préféré, chez Mathieu et Luc, c’est quand soudain ils font de l’humour noir. Un jour Jésus vire de la tête d’un homme un démon qui se met à zoner sans domicile fixe ; il se sent mal partout, il déprime, alors finalement il se dit qu’il va retourner à la maison et comme il la trouve « libre, balayée et en ordre, il invite une bande démons encore plus méchants que lui et ils s’installent à sept dans le cerveau du purifié. C’est tout ce que je pense de la religion : quand au départ on n’est quelqu’un de bien, ça vous rend deux fois pire. On se repent, on se croit pur et, grâce à la bonne conscience, on retombe encore plus bas.
Mais pour le reste, ce qui me frappe, c’est les contradictions. Ils n’arrêtent pas de faire dire à Jésus tout et son contraire. Tu seras fidèle à te femme, tu aimeras tes enfants : plaque ta famille et suis moi. Tu honoreras tes père et mère : envoie-les bouler comme j’ai fait avec Marie et Joseph qui voulaient me scotcher à la maison ; mes vrais parents sont les inconnus qui m’écoutent. Malheur aux riches qui se coinceront dans un trou d’aiguille en croyant entrer au Royaume des Cieux, et vivent ceux qui ne foutent rien en se remplissant les poches, car « à celui à qui on donnera, mais à celui qui n’a pas on enlèvera même ce qu’il a. ». Sympa. La parabole des talents, qui glorifie la spéculation boursière, n’est pas piquée des vers, mais le pompon c’est quand même celle des vignerons, qui dissuade de bosser plus que les autres puisque le travailleur de la onzième heure sera payé autant que celui qui a vendangé dès l’aube. « Il me plait de donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de disposer de mes biens ? … Voilà comment les derniers seront premiers, et les premiers derniers ». Franchement, comme charité chrétienne, j’ai connu mieux. Dans l’intérêt général, on gagne à être bon croyant sans le savoir : quand on a lu, on reste couché.